Guide pratique pour apprenti.e.s chamanes


/// AVANT PROPOS


Coach en développement personnel, et apprentie sorcière de longue date, je suis en partie en 2017 pour un voyage en sac à dos de près d’un an et demi sur les routes des Amériques. Mon intention première était de partir découvrir les médecines ancestrales, rencontrer ces chamanes, guérisseurs, femmes médecines qui peuplent les romans et les films exotiques pour mieux comprendre leurs cultures, leurs visions, leurs pratiques et voir ce que nous autres occidentaux pourrions avoir à en apprendre (tu peux aller voir la partie Equiname, sur les routes des médecines et du corps).


Or, si tu pars en Amérique Latine ou Centrale, il y a de grandes chances que tu entendes parler d’un paquet de trucs mystérieux, de médecines ancestrales des peuples natifs, de cérémonies rituelles, de plantes (que d'aucun appellerait “drogues”) aux multiples vertus plus ou moins miraculeuses et/ou psychotropes, et aux effets immédiats plus ou moins violents pour ta petite personne.


Aujourd’hui, pour Comains.fr (cet article est une commande), je vais m’essayer à l’exercice difficile de te pondre un petit guide pratique au cas où tu ferais partie de ces voyageurs.euses qui partent à l’autre bout du monde en quête d’eux-mêmes et sont curieux.euse d’explorer “l’autre côté”, cet espace invisible, indicible, infini, fait d’énergies et d’esprits.


Tout ce que je vais te dire n’a rien d’une vérité absolue, comment pourrait-il y en avoir une ? et encore moins quand on parle de ces sujets. De plus, je ne suis ni biologiste, ni neurologue, ni psy, je t’écris depuis mon expérience, mon bagage de développement personnel et mon propre cheminement spirituel et énergétique. Ce guide pratique a vocation de te transmettre ce que j’ai appris, entendu, écouté, ce qui m’a semblé juste ou dangereux. Ces choses qu’on galère à savoir, ou qu’on aurait aimé savoir avant, plutôt que des les apprendre trop tard à nos dépends. Ce n’est ni une incitation à travailler avec les Plantes de Pouvoir qui sont - rappelons-le à toute fin utile, pour la plupart, considérées comme des substances illégales en France - ni une tentative de te dissuader d’aller faire tes propres expériences. Mon intention est que tu partes un peu plus averti.e et avec quelques clés qui, je l’espère, te permettront de faire tes choix en conscience et en connaissance de cause, pour une approche saine et éthique de ces plantes considérées comme sacrées par les cultures qui les utilisent.


Un artiste visionnaire adepte des voyages de l’Autre Côté, Alex Grey.
Un artiste visionnaire adepte des voyages de l’Autre Côté, Alex Grey.

/// INTRODUCTION On raconte que les Plantes de Pouvoir ont été mises à disposition des hommes pour les aider à guérir, à entrer en connection avec les esprits et avec la nature. Elles sont connues principalement des chamanes, qui selon les cultures, ont suivi des parcours initiatiques plus ou moins exigeants pour être capables de voyager avec l’esprit de ces plantes et de guider d’autres humains dans leur usage (on parle de plusieurs années minimum, histoire que t’aies un ordre d’idée quand même). Dans la plupart des traditions, la position de chamane était plus proche de la malédiction que du titre honorifique. Ils vivaient souvent reclus du reste de la population, craint des villageois, mettant son âme et son corps en danger au service de la communauté.

Aujourd’hui, de plus en plus d’occidentaux partent en Amérique Latine et Centrale pour consommer ces plantes en quête de sensations ou de révélations existentielles. Cependant, il y a quelques petites choses que tu aimeras peut-être savoir en amont avant de te lancer de l’autre côté des portes de la perception.


C’est parti mon Kiki, commençons par le commencement.



/// QUELQUES PLANTES DE POUVOIR


Je te dresse ici une petite liste non exhaustive des médecines les plus courantes que tu seras peut-être amené.e à croiser :

  • le Kambo : grenouille vénéneuse de l’Amazonie. Les chamanes en raclent le venin. Après t’avoir brulé en plusieurs points sur le bras, le dos, l’épaule, ils appliquent ce venin sur la plaie à vif afin qu’il passe directement dans le sang. Cette médecine a pour vocation de te purger, le corps, le coeur et l’esprit de tout ce qui t’encombre, t’intoxique. Tu ressens alors une violente bouffée de chaleur, comme si tout ton corps gonflait. Avant la cérémonie, on te demandera potentiellement de boire plusieurs litres d’eau, et de continuer à en boire pendant que la médecine fait effet. Cela a pour résultat de te faire évacuer par tous les trous tout ce que tu as dans le corps approximativement 15/30min après la prise.

  • L’Ayahuasca : mélange de plantes, essentiellement composé de chakruna (des feuilles d’arbustes) et d’ayahuasca (liane amazonienne). L’ayahuasca a des vertus purgatives et inhibitrices qui permettent à la DMT contenue dans la chacruna de faire effet sur le cerveau. Consommé sous forme de breuvage (réputé assez mauvais au goût) lors de cérémonie qui durent en général autour de 8 / 12h et demandent une préparation physique et psychologique en amont allant de plusieurs jours à plusieurs semaines. Pour en savoir plus, voir notamment le livre de Corine Sombrun “Carnet de voyage d’une apprentie chamane” ou encore le travail de Jan Kounen.

  • Le Rapé : tabac réduit en fine poudre qui se prend par le nez. Certains te diront que ça fait l’effet de renifler un grand coup de l’eau de javel pure. S’en suit tout un processus physique et émotionnel plus ou moins intense, et plus ou moins long.

  • Le Sapo : qui veut dire “crapaud” en espagnol, est une médecine extraite du Bufo Alvarius, crapaud venimeux qu’on rencontre exclusivement dans le désert du Sonora, au nord du Mexique. Son venin est raclé en une sorte de pâte qui se fume dans une pipe en verre. Ce venin est chargé de DMT. Réputée pour procurer des sensations assez peu visuelles (comparé à l’ayahuasca), ses effets durent environ 20 min. Cette médecine a pour vocation de reconnecter l’être avec un état de paix et d’harmonie intense, considéré comme initial, et qui s’est fait connaître ces dix dernières années, à travers les travaux du Dr. Octavio Retting, pour ses vertus contre tous les types d’addictions et autres comportements auto-destructeurs chroniques (notamment drogues dures chimiques, alcool, cigarette…).

Image d’une cérémonie de rapé ainsi que la sympathique tête de Mr. Bufo Alvarius


  • Le Peyolt ou Peyote : est petit cactus rond et relativement plat, chargé en mescaline, qui se rencontre principalement en Amérique du Nord, jusqu’au nord du Mexique. Utilisé par les cultures natives depuis plus de 3000 ans, notamment chez les peuples Huitchol et Kiowas, il est principalement utilisé par les chamanes à des fins divinatoires et thérapeutiques. C’est notamment suite à sa rencontre avec ce cactus qu’Aldous Huxley écrira “The Doors of Perception” qui inspirera ensuite le groupe du même nom.

  • Le San Pedro : grand cactus cylindrique, qu’on rencontre principalement dans les Andes (Bolivie, Chili, Equateur…), chargé en mescaline. Il est lui aussi utilisé par les peuples natifs depuis plus de 3000 ans à des fins thérapeutiques ou divinatoires. Il sert à la préparation d’une boisson appelée Wachuma, traditionnellement réservée aux chamanes.

San Pedro et Peyolt en fleur...


  • Les Niños ou Hongos : champignons hallucinogènes particulièrement réputés dans le centre du Mexique. La molécule active est la psilocybine, dont la structure et les effets sont proches du LSD. Ils ont été rendu célèbres notamment via la personne de Maria Sabina, guérisseuse mexicaine qui travaillait avec les champignons hallucinogènes. Elle aurait notamment rencontré des personnalités comme John Lenon, Bob Dylan ou encore Albert Hoffman.

  • Cérémonies du Tabac : consommé sous forme liquide, injecté dans le nez ou à boire, est réputé pour purger le corps physique, émotionnel et énergétique. Les cérémonies du tabac précèdent souvent la prise des autres médecines, le tabac étant considérée comme une plante maîtresse. Elle permet notamment de nettoyer et protéger la personne avant qu’elle ne parte dans le monde des esprits. Cette médecine se rencontre partout dans les trois continents américains.

  • Cérémonie du Cacao : née au Guatemala de la tradition Maya, le cacao est préparé de manière spécifique, toasté, broyé, réduit en une pâte grasse et laisser à sécher. Il est ensuite râpé avec de l’eau chaude agrémentée selon les chamanes d’épices diverses. Consommé de manière rituelle et ainsi préparé (c’est à dire ni coupé avec de l’huile de palme, du lait, du sucre ou autre), le cacao active à la fois des effets anti-dépresseurs mais aussi extrêmement de concentration extrême et favorise ainsi les libérations émotionnelles. Pour en savoir plus, n’hésitez pas à lire mon article J’ai testé pour vous la Cacao Ceremony.

Cacao Ceremony avec Audrey LoveBean à San Marcos Atitlan, Guatemala.

Crédit : Equin’Ame.



/// POSER TON INTENTION


Une de ces médecines t’attire ? Te parle ? Résonne ? Tout d’abord, la première question à te poser et/ou la première chose à savoir c’est pourquoi tu souhaites travailler avec cette plante ? Car oui, on ne “prend” pas des plantes médecines, on ne les “consomme”/”gobe”/”pécho” pas comme certains consomment des cachets en tout genre en Occident. Il ne sera pas rare que tu entendes parler de “l’abuelita” (la grand mère en espagnol) pour parler de l’Ayahuasca, ou de “l’abuelito” (pour parler du tabac). Ces plantes sont considérées comme des esprits, des entités à part entière. Les rencontrer, travailler avec, c’est comme si tu le faisais avec une personne. La plante te guide, te montre, t’interroge, te parle… Ce sont des plantes sacrées qui t’accompagnent dans un processus intérieur profond qui risque de dépasser de loin toutes les dimensions de ton être que tu envisageais jusqu’à présent. Bref, ça peut secouer.

D’où l’importance primordiale de l’intention posée en amont. Pourquoi veux-tu travailler avec les plantes de pouvoir, pourquoi celle-ci en particulier, selon celle qui te parle. Et pourquoi te parle-t-elle ? Faire un petit travail de documentation en amont peut être une bonne idée.

Quand tu poses ton intention, attention à la formulation. Par exemple, une amie me partageait avoir posé comme intention, lors de sa première cérémonie avec l’Ayahuasca, “je veux savoir qui je suis”. Résultat, elle a plongé dans les espaces les plus sombres d’elle-même, confronté ses peurs, ses blessures, ses dégoûts les plus terribles. Donc attention à ce que tu demandes. Cette intention sera aussi un peu ton fil d’Ariane, celui qui permettra à ton esprit ou ton âme (ou les deux ?), de savoir où elle va et pourquoi, ce que tu es venu.e chercher de l’Autre Côté.


Crédit : Maik Kleinert



/// LE CHAMANE, UN GARS “COMME LES AUTRES”


En suite, il est important de savoir et de garder en tête que la plupart des chamanes traditionnels et/ou locaux ne sont pas des médecins, ni des thérapeutes au sens où nous l’entendons en Occident. Pas d’ordre des médecins, de code déontologique, de groupe de pairs, d’inspection du travail…. Donc potentiellement, Josiñho qui t’accompagne avec dans ta cérémonie de Peyolt, à côté de ça, picole comme un trou et ne verra pas le mal à te draguer lourdement en sortant de cérémonie alors que tu flottes encore dans les limbes de dimensions parallèles. Il y a malheureusement plétor d’histoires sordides d’abus - sur des occidentales notammenet - un peu trop fascinées par le folklore et leur quête de spiritualité pour qui le voyage a très mal tourné.


De manière moins sordide, c’est aussi pour te prévenir qu’un chamane local ne va potentiellement pas comprendre ton désir de “comprendre” ce que tu as vécu pendant la cérémonie, au mieux, il va doucement rigoler et te laisser dans ta merde. Sois donc sûr.e en amont d’avoir préparé le terrain pour gérer l’après par tes propres moyens car ce n’est potentiellement pas le chamane qui pourra te soutenir dans ce processus (voir paragraphe sur “anticiper le pendant et l’après”).


La réalité des chamanes est souvent bien loin de nos fantasmes édulcorés de grand sage barbu en haut de sa montagne qui mange de graines en parlant comme Yoda… ou pas. Ca dépend vraiment des individus et des rencontres, mais aussi des cultures. Un très bon chamane n’aura pas forcément une collection de grigris autour du cou et t'accueillera peut-être plutôt en jean baskets. A l’inverse, celui qui t’accueillera au bord de l’état de transe, en l'interrompant pour parler avec les esprits…. méfiance, ou pas. Pas de règles, juste ton pifomètre. Désolée.

Certaines traditions portent une vision du chamane particulièrement ascétique, retiré du monde, avec un régime alimentaire très stricte, d’autres sont des concitoyens comme les autres simplement dotés de perceptions particulières. Ce que je veux te dire par là, c’est que le chamane est un humain et non un saint. Je t’invite donc à garder ton esprit critique alerte, comme si tu rencontrais un inconnu, ou un médecin. Ce dont il est le plus proche généralement dans sa culture.

Don Roberto, Oxaca, Mexique - Crédit : Gamgie R | Obi, DF, Mexique.

Ces gars-là, sont les plus inspirants et puissants chamanes que j’aie rencontrés pendant mon voyage. Pourtant, ils étaient loin de se présenter comme tels ou d'en avoir le "look".

/// ANTICIPER LE PENDANT ET L'APRÈS


Quelques basiques logistiques : sois bien sûr.e d’anticiper le “après”. D’un, très simplement, comment tu rentres à ton hôtel après, à quelle heure ? y a-t-il des transports ? Est-ce que tu sais où tu dors ? Est-ce un endroit où tu te sens safe ? Est-ce que tu es accompagnée ? Est-ce qu’on vient te chercher ? Bien évidemment, avoir son téléphone chargé, au cas où. Idéalement, pour une première cérémonie, tu te sentiras surement plus tranquille accompagné.e, et même idéalement, de quelqu’un.e de confiance (quelqu’un qui te connait bien, qui parle ta langue, connaît à minima ta culture, idéalement qui connaît aussi la médecine…), qui connaît déjà le chamane et peut être à tes côtés pendant la cérémonie. Et ensuite, est-ce que tu vas avoir quelques jours au calme pour te reposer après cette expérience qui pourrait bien te secouer (plutôt que prévoir un trek éprouvant de 4 jours) ? À jauger en fonction de si c’est ta première fois ou pas que tu prends des substances, qu’elles soient psychotropes ou pas.



/// LE TEMPS D'INTÉGRATION


La plupart des médecines évoquées plus haut sont des psychotropes qui ouvrent les portes des perceptions et font accéder à des espaces subtils dans lesquels, nous autres occidentaux, n’avons pas forcément l’habitude de naviguer. Cette expérience peut sérieusement remettre en question ta vision de la réalité, ta perception de toi-même ou de ta relation à tes proches. Je me souviens de ce voyageur au long court qui avait acheté un billet retour pour la France sur un coup de tête (et plein pot en plus !) pour retrouver sa famille après une illumination lors de sa rencontre avec l’Ayahuasca ayant soudainement perçu l’importance fondamentale de la famille dans sa vie après 5 ans sur les routes.


Ce sont des plantes qui appartiennent à la terre où elles poussent, sont reliées à une certaine culture dont nous n’avons potentiellement pas les codes. Travailler avec ces plantes demande un grand niveau de lâcher prise, d’acceptation, d’accepter de se laisser traverser par l'expérience, sans jugement… et potentiellement sans comprendre, en acceptant que ça te dépasse, que tu comprendras plus tard… ou pas. Mais aussi d’être préparé.e à accueillir ce que cela risque de venir faire bouger en toi et dans ta vie. Par exemple, une bonne façon d’intégrer est de se prévoir un temps pour écrire, danser, chanter, se promener en nature, méditer dans les jours qui suivent. Mais aussi, de s’entourer d’ami.e.s ou personnes de confiance (idéalement qui ont déjà travaillé avec la médecine concernée), avec qui tu pourras échanger sur ton vécu et tes ressentis même si ça peut paraître hyper bizarre (oui, tu as envie de savoir à qui tu pourras raconter que tu parles à des alligators émeraudes dans ton sommeil en tenant la main du Christ sans qu’il.elle ne te prenne pour un.e taré.e).


Mesas de Los Santos, Co